Au moment où j’écris ces lignes, je suis loin de Kinshasa, de son soleil, de ma famille.

Je suis loin de mon enfance, des embouteillages et des coupures d’électricité.

Mais je suis dans d’autres réalités : des factures énormes à chaque fin de mois, de l’hiver, des fausses amitiés et des masques à porter.

Je pense alors à cette époque où on se fait des amies et à cet endroit – le Lycée – où j’ai pu m’en faire. Des amies, des sœurs, pour la plupart, gardées depuis nos 15 ans jusqu’à nos 40 ans et plus…  

Ce sont ces pensées qui me permettent de m’armer contre ces réalités d’ici qui finalement ne m’atteignent pas comme elles le font aux autres.

Je célèbre et me remémore ce que j’ai vécu, ce que j’ai connu et c’est toujours aussi frais dans ma tête et dans mon cœur.

Je suis un cœur vaillant partout où je m’en vais.

Je suis un cœur vaillant dans toutes mes entreprises.

Mon fils devrait visiter mon école.

Il aimerait cette bâtisse où, mélangées, on a eu toutes eu la même instruction. On venait des écoles privées et publiques, des familles extrêmement riches et moyennement aisées, on était zaïroises, rwandaises, belges, métisses, minces, grandes, rondes, foncées, » bana ya », qu’importe, on était servies à la même enseigne du moins à travers notre port, le style Motema Mpiko pour toutes !

Je me souviens combien mes frères, qui étaient rester étudier dans la commune de la Gombe, se foutaient de moi en comparant mon uniforme à une robe de nuit et la commune de ma nouvelle école – KasaVubu – à un repère de bars et de garages. Conclusion : rien de bon n’entrerait dans ma cervelle à part toutes les chansons des musiciens d’époque et les odeurs de cambouis !

Ils ont vite fait de déchanter et changer de discours…

À la rentrée scolaire, en venant me chercher avec le chauffeur, ils étaient sidérés de compter autant de jolies filles qu’ils n’avaient jamais vues en même temps en un même lieu… Je riais en leur disant que dans cette bâtisse, beauté rime avec intelligence…

Finalement la commune ne signifiait plus rien.
Gombe, Binza ou Kasa-Vubu, qu’importe !

Les bars et les garages n’avaient pas déménagé, mais nous tous – direction, enseignants, surveillants, élèves, vendeuses de pain -, on savait pourquoi on était là. Et d’ailleurs, aucun professeur ne nous aurait permis le luxe de voyager dans nos pensées, croyez-moi…

Notre uniforme, nos sandales en plastique et nos tresses devenaient pour tous, et pour nous-mêmes, une marque déposée, une signature de Mademoiselle de Meyer, bien calligraphiée. J’ai simplement arrêté de me trouver ridicule dans mon uniforme pour m’ouvrir à la simplicité, à l’égalité. J’ai compris le sens de l’engagement et j’ai appris à faire la part des choses, à trier mon essentiel dans l’ensemble.

Une chose que je continue, en plein cœur de ma vie d’adulte, de faireen tant que parent, employée, dans mes différentes relations. Comment rester focalisée, comment rester concentrée et quels sacrifices je suis prête à concéder.

Ça date de mes années Lycée.  

Je serai toujours un cœur vaillant ! Car même quand je suis à terre, je finis toujours par me relever grâce à ces fondamentaux reçus en complément dans cette école chère, le Lycée Motema Mpiko.

ML Bibish Mumbu
Ancienne élève

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